Techniques hypnotiques et
techniques de communication dans le coaching
Patrick NOYER
(Octobre 2005)
Dédicace
Ce travail est dédié à feu le
Dr. Jean Godin, précurseur de l’hypnose ericksonienne en francophonie, ainsi
qu’à Willy Kernen, joueur de football au FC La Chaux-de-Fonds, plusieurs fois
international, entraîneur, formateur, à qui je dois ma première transe hypnotique
dans le monde du football, un après-midi de 1968, sur les gradins du stade de
La Charrière …
INTRODUCTION
C’est par des chemins détournés que je suis arrivé à
entreprendre une formation d’entraîneur, puis d’instructeur, dans le domaine du
football. Etudes de médecine dentaire, travail auprès de populations à cultures
différentes, sophrologie, hypnose ericksonienne, études de psychologie, pratique de
l’hypnothérapie … tout ceci sur un fond de passion pour le football. Au premier
abord, il peut sembler difficile de concilier ces intérêts multiples,
disparates. Puis, l’expérience et l’âge aidant, ces différents aspects
commencent à s’imbriquer, à s’assembler, à trouver leur place, à entrer en
résonance.
Qu’est-ce qui fait qu’une thérapie fonctionne ou
échoue ?
Qu’est-ce qui fait qu’une relation s’établit entre
différentes personnes ?
Qu’est-ce qui rend une intervention efficace ?
Comment procéder pour joindre l’autre, puis le
guider ?
… puis …
Qu’est-ce qui fait la différence entre les paroles d’un
entraîneur et celles d’un autre ?
Comment communiquer à nos joueurs pour leur permettre
d’aller encore plus loin, encore plus haut ?
Comment permettre à nos interventions d’être encore plus
précises, efficaces ?
… et finalement …
Y aurait-il des liens, des similitudes entre ce qui rend
une thérapie efficace et un coaching de qualité ?
Cette dynamique de questionnement m’a tout naturellement
poussé à décortiquer ce qui se passe à l’intérieur du coaching en tant
qu’intervention d’une personne sur une autre. Cette analyse m’a également
conduit à chercher les modes de fonctionnement de l’athlète en l’occurrence du
footballeur, à investiguer ses motivations, ses limites (réelles ou
imaginaires). Enfin, et ce malgré la richesse et l’étendue des hypothèses et
des théories, j’ai tenté de proposer des lignes directrices qui devraient
permettre à chaque entraîneur d’être en mesure de former ses joueurs, de les
instruire, de les guider.
Ce travail se divise en quatre parties distinctes. Tout
d’abord, nous expliquerons ce qu’est, dans les grandes lignes, l’hypnose
ericksonienne. Puis nous nous arrêterons quelques instants au domaine de
l’hypnose dans le sport. Ensuite, nous chercherons à tirer des lignes
directrices servant à appliquer nos connaissances au domaine du coaching en football. Enfin, la conclusion
permettra de faire quelques propositions utiles à la formation des entraîneurs
de football, voire à celle de toute personne impliquée dans l’entourage de
sportifs.
Première partie
Qu’est-ce que
l’hypnose ericksonienne ?
Nous n’allons pas retracer dans ce travail toute
l’histoire de l’hypnose, certes intéressante, mais dont l’utilité n’est pas
prépondérante dans notre propos. Nous ne nous arrêterons qu’à certains
principes essentiels qu’il convient de retenir pour comprendre leur importance
dans la pratique du sport en général et du football en particulier.
Suite aux nombreux travaux du psychiatre américain Milton
Erickson ainsi que ceux de ses élèves direct(e)s ou indirect(e)s, les
conceptions actuelles de l’hypnose moderne sont les suivantes :
-
L’hypnose est un état
o Il
existe diverses différences qui permettent de distinguer l’état hypnotique
(également appelé transe hypnotique) de l’état de veille. On parle généralement
d’état modifié de conscience.
-
L’hypnose est une technique
o L’hypnose
est un ensemble de techniques de communication, verbales et non-verbales, ainsi
que de moyens thérapeutiques spécifiques.
-
L’hypnose est une relation
o La
relation qui s’établit entre deux personnes (ou plus) lors de la transe
hypnotique est différente de celle que l’on rencontre habituellement dans notre
vie quotidienne. Plus intense, plus subtile, elle permet une communication et
une compréhension à différents niveaux, de manière simultanée.
Ces trois points sont présents en même temps. Nous avons
donc conjointement quelque chose de statique (état) et de dynamique (relation),
entretenu par de multiples
techniques. Avant de reprendre ces différentes définitions plus en
détail, il convient encore de citer la définition que Kirsch (chercheur américain)
fait de l’hypnose : l’hypnose est une potentialisation des attentes
(communication personnelle, Congrès d’hypnose ericksonienne, Venise,
1998 ?).
L’hypnose en tant qu’état
La transe hypnotique apparaît dès qu’il y a focalisation
de l’attention. Tout se passe comme si notre cerveau sélectionnait
parmi toutes les informations qui lui parviennent celles qui prennent un sens
particulier dans un contexte déterminé. Cette focalisation de l’attention
débouche vers des modifications physiologiques qui permettent de distinguer la
transe hypnotique de l’état de veille habituelle. Il convient de souligner
immédiatement que cet état est parfaitement naturel, qu’il peut apparaître
spontanément plusieurs fois par jour (transe commune) et qu’il recouvre, dans sa
fréquence d’apparition, les rythmes ultradiens des changements physiologiques
du corps. Ces derniers recouvrent différents niveaux d’activité organique,
hormonale, voire cellulaire, avec des pics et des phases de récupération, dans
une courbe de type sinusoïdal.
Lors d’une transe hypnotique, différentes modifications
physiologiques et/ou psychologiques peuvent survenir, que ce soit de manière
provoquée, suggérée, ou spontanément. Classiquement, nous pouvons remarquer
comme indicateur de transe les phénomènes suivants (repris de J.A
Malarewicz, J. Godin : Milton H. Erickson « De l’hypnose clinique à
la psychothérapie stratégique », éd. EDF 1986, p. 38-39) :
-
les indicateurs physiologiques généraux :
o la
modification du tonus musculaire
o l’immobilité
corporelle
o en
général, l’augmentation des temps de latence
o l’économie
des mouvements
o le
ralentissement de la respiration et du pouls
o la
réorientation corporelle au décours de la séance
-
les indicateurs physiologiques limités :
o le
changement de la voix
o l’aplatissement
des traits du visage
o le
retardement ou la perte de réflexes au niveau des paupières ou de la
déglutition
o les
changements pupillaires, dilatation ou rétrécissement
o les
réponses psychosomatiques
-
les phénomènes spécifiques d’apparition spontanée :
o l’amnésie
o l’anesthésie
o les
illusions corporelles
o la
catalepsie
o la
régression
o la
distorsion du temps
-
les phénomènes psychiques ou subjectifs :
o le
littéralisme
o l’impression
de confort, de relaxation, de lointain, de lourdeur, de dissociation,…
Ces différents phénomènes sont utilisables
thérapeutiquement. Ce descriptif indique que l’état d’hypnose démontre une
certaine passivité, de la détente, un ralentissement du comportement corporel.
Cependant, plusieurs auteurs ont remarqué lors de leurs recherches qu’il était
possible de reproduire différents phénomènes hypnotiques lors d’exercices
physiques (par exemple en pédalant sur un vélo d’appartement) ; les
enregistrements à l’EEG étaient superposables à ceux obtenus lors d’une séance
d’hypnose classique. Ils ont postulé l’existence d’un état d’hypnose
alerte-active (Ecole hongroise. Travaux dirigés par le Dr. Eva Baniaï)
que nous reprendrons plus loin dans notre utilisation de ces techniques dans le
sport.
En hypnose ericksonienne, la transe est considérée comme
un état particulier d’apprentissage dans lequel l’accès aux
ressources de l’individu est facilité. Une compréhension plus complète, plus
subtile, devient possible. De plus, le vécu corporel peut être modifié, que ce
soit en le réduisant ou en l’amplifiant. Les limites conscientes peuvent être
contournées, les blocages inconscients peuvent être dépassés. Pour Erickson,
l’inconscient est un grand réservoir de ressources.
L’hypnose en tant que technique
Milton Erickson est reconnu comme l’un des thérapeutes les
plus efficaces. Cette efficacité trouve son origine dans sa grande connaissance
de la nature humaine, certes, et également dans son art subtile de communiquer
avec ses patients. A sa suite ou en même temps qu’Erickson, d’autres thérapeutes ont développé diverses
techniques thérapeutiques qui ont fortement influencé l’art de la thérapie.
L’étude et le décorticage de ces « grands maîtres » a débouché sur un
catalogue de ce qui fonctionne en matière de communication, à savoir la PNL
(Bandler et Grinder).
Nous allons
tout d’abord nous arrêter aux techniques de communication verbales et
non-verbales (le contenant), puis nous aborderons le domaine des techniques
thérapeutiques (le contenu).
1)
La communication non-verbale
La voix :
La tonalité,
le volume de la voix, son positionnement dans l’espace, le rythme de
l’élocution, le bégaiement volontaire, etc… sont différents moyens de modifier
le sens des mots, l’importance de certaines parties de phrases, de souligner
certains propos, de découper le langage pour en modifier le sens. Très
subtilement, des messages peuvent être transmis au delà des éventuels blocages
de celui qui va recevoir l’information.
Ex : Dans une théorie
d’avant-match, les mots importants (solidarité, confiance, patience, etc…)
peuvent être prononcés en montant le ton ou en dirigeant sa voix vers le/les
joueurs qui ont le plus besoin d’entendre ces mots. Ils seront soulignés de
manière indirecte, entrant plus profondément en résonance avec le vécu des
joueurs-cibles.
Au cours d’un
entraînement, un geste technique nécessite une position particulière du corps
(pied d’appuis par ex.). Si ce travail technique, réalisé de manière optimale,
est renforcé par un ou deux mots-clés prononcés d’une manière particulière, il
suffira de les répéter de la même manière juste avant l’exécution du geste pour
augmenter les chances d’obtenir un résultat supérieur.
Lors d’un jeu
global, il est possible d’augmenter la difficulté en mettant plus de pression
sur le porteur du ballon (par. ex. réduire le nombre de touches de balle). Pour
renforcer la confiance des joueurs malgré la difficulté supplémentaire, un
commentaire adéquat prononcé de manière optimale pourra être donné :
« (tête tournée vers la gauche) Quant on réduit le nombre de
touches de balle, (tête tournée vers la droite) il y a de la pression. (tête tournée
vers la gauche) Vous pouvez soigner votre prise de balle, augmenter vos
courses sans ballon, (tête tournée vers la droite) et vous (pause)
maintenez la qualité. »
L’inconscient des joueurs aura capté « il y a de la pression et vous
maintenez la qualité ». Pression et qualité ne seront plus en
opposition ; ils deviennent associés. De plus, la courte pause aura pour
effet de donner une « méta-communication » en transformant
subtilement la phrase finale du présent à l’impératif, ceci sans réveiller
d’éventuels blocages chez les joueurs « (Maintenez la
qualité !) ».
Le
corps :
Différentes études ont montré qu’un individu retient
peu d’une communication essentiellement verbale (auditive). Le résultat est
meilleur en ajoutant des images (visuel), et encore supérieur avec une
information corporelle, transmise de manière non-verbale. Le langage du corps,
la gestuelle, les mimiques sont essentiels à la transmission des informations.
Il paraît donc illusoire de prétendre à une certaine efficacité sans
« mettre en vie » notre communication, sans
« l’incorporer ».
2)
La communication verbale
Nous allons maintenant nous intéresser au contenu grammatical et sémantique du
langage, ceci sous l’angle des techniques de communications hypnotiques.
(librement repris et adapté de Malarewicz et Godin. Milton H Erickson, de
l’hypnose clinique à la psychothérapie stratégique. Ed. ESF 1986).
Le truisme :
Une vérité absolue contre laquelle il est impossible
d’aller s’appelle un truisme. Une succession de truismes porte le nom de
« séquence d’acceptation ». Cette dernière est la spécialité de tout
bon vendeur. Elle a pour effet de vous faire dire « oui ».
Ex : « Nous sommes 15 joueurs dans l’équipe.
Nous nous sommes entraînés trois fois cette semaine. Nous jouons à
domicile… »
Les suggestions
composées :
Deux phrases
sans lien apparent reliées par une conjonction de coordination (principalement
« et », « pendant que », etc…) forment une suggestion
composée. L’inconscient du sujet ne va pas percevoir le hiatus sémantique entre
ces deux phrases. En recherche de sens, il va accepter le lien mis en place.
Lorsque la première phrase est une séquence d’acceptation, la suggestion
composée permet de guider le sujet vers une idée, un état différent.
Ex : « Nous avons pris
une collation ensemble, nous sommes arrivés au stade il y a quelques minutes et
nous allons être particulièrement performants. »
Il n’y a, à première vue,
que peu de raison logique à lier ces différentes phrases. Cependant, placées
dans cet ordre, elles auront pour effet d’orienter les joueurs vers la
performance.
L’implication
Par
implication, il faut comprendre que, une fois ceci accompli, cela deviendra
possible. Cependant, le doute potentiellement existant sur ceci est balayé par
la linguistique de la phrase.
Ex : « Tant que vous
êtes inattentifs, vous restez peu performants ».
La performance apparaît dès
que l’attention augmente.
Les
suggestions ouvertes
Il est
présomptueux de prétendre savoir ce qui est vraiment utile à l’autre. Par une
approche permissive dans laquelle une très grande marge de réponses est
adéquate, il est possible de mettre le sujet en mouvement dans une direction
efficace.
Ex : « En phase
offensive, vous pouvez choisir le geste qui vous semblera le plus efficace pour
amener le danger dans les 16m adverses »
Le libre choix est offert …
pour autant qu’il permette d’amener le danger de manière efficace
Les
suggestions couvrant toutes les possibilités d’une classe de réponse
Lorsqu’on
cherche à obtenir un changement quelconque sans que le sujet puisse soulever
une opposition, il convient d’évoquer toutes les possibilités de réponses et de
les considérer comme adéquates. C’est le changement, même infime, qui est
recherché.
Ex : « Pour pouvoir
recevoir le ballon, tu peux faire un appel de balle dans l’espace, faire un
appel/contre-appel ou encore faire une course en virgule. »
Peu importe ta course,
mets-toi en mouvement ! (même si la course en elle-même doit se faire de
manière efficace, il faut d’abord bouger).
Les
suggestions négatives
Elles servent
à réduire l’opposition ou la résistance consciente, volontaire, afin d’accéder
à une réponse plus naturelle, spontanée. Elle permet de passer du contrôle
excessif à un comportement plus naturel. C’est la voie ouverte à plus de
lâcher-prise.
Ex : « Tu
n’as pas besoin de mettre toute ta force quand tu frappes au but. »
Sans force excessive, un mouvement naturel plus délié devient accessible.
Le
questionnement
Pour répondre
à une question (bien posée !), il est nécessaire de s’orienter vers
l’intérieur. D’autre part, des suggestions indirectes peuvent être proposées au
travers de ces questions. Enfin, il est parfois préférable que ce soit moi qui
m’interroge plutôt que mon sujet (joueur).
Ex : « Quand tu
frappes le ballon de la tête, où vas-tu chercher l’impulsion ? »
Il est indispensable de se tourner vers son corps pour trouver la
réponse, donc de décomposer mentalement le mouvement Le vécu est conjointement
visuel et cénesthésique. De plus, il est suggéré que nous avons besoin d’une
impulsion adéquate pour un coup de tête efficace.
« Je me demande s’il est préférable de contrôler cette balle du
pied gauche ou du pied droit ? »
Officiellement, c’est moi qui me pose la question.
Cependant, le joueur va inconsciemment se la poser, donc se remettre en
situation et décomposer les différentes solutions de manière externe (en se
voyant faire le geste) et interne (en vivant le geste).
La directive
impliquée
Proche de la
suggestion composée, elle fait intervenir la notion de temps ainsi qu’une
implication. Tout se passe au niveau inconscient.
Ex : (A un joueur qui
relève de blessure) « Dès que tu perçois que ton muscle se contracte, tu
peux te sentir encore plus en confiance ».
Crainte et retenue
invalidantes peuvent être réduites par cet automatisme qui va se mettre en
place.
La
négation
Piège
classique, la négation suggère ce qu’elle est supposée éliminer !!!. Les
théoriciens estiment que
l’inconscient ignore la négation.
Ex : « Ce
grand avant-centre ne te fait pas peur, n’est-ce pas ? »
Immédiatement, l’idée de peur, peut-être totalement
absente, s’introduit dans les pensées du défenseur.
Lien,
double-lien, choix illusoire
L’association
de situations dans un même plan de compréhension peut aboutir à des situations
pathologiques (« schizogéniques ») (voir les fameuses histoires de
mères juives). Eviter de les provoquer est un point essentiel. Les utiliser à
bon escient devient encore plus efficace. Ils doivent permettre de changer de
niveau de compréhension, de passer à un « méta-niveau ».
Ex : « A
l’entraînement, vous pouvez mettre les petits protège-tibias ou les
grands ».
Peu m’importe lesquels vous
portez, je veux que vous vous protégiez.
(A un joueur accusé de
pourrir l’ambiance du vestiaire et qui nie toute implication) « Vas-tu
cesser de monter les joueurs les uns contre les autres, oui ou
non ? ».
Quoi qu’il réponde, il est
perdant car cela signifie qu’il était effectivement coupable.
« Soyez
spontanés ! »
Comment faire volontairement
ce qui, par essence, est involontaire ?
La communication à plusieurs niveaux (saupoudrage,
symbolisation, anecdotes et métaphores)
L’emploi
d’histoire dont la trame est symétrique à celle de la problématique du sujet,
de manière criarde ou plus ou moins détournée, est un moyen efficace de faire
passer un message qui agira au niveau conscient et inconscient. Des idées
importantes peuvent également être mises en évidence par l’emploi du
saupoudrage, à savoir le soulignement discret de mots-clés ou de parties de
phrase à compréhensions multiples. Ce soulignement peut se faire à l’aide des
techniques de voix décrites précédemment.
Ex : «Dans les duels, il est
important de prendre le dessus, car j’attends de chacun de vous la
capacité de s’imposer sur le terrain. C’est quelque chose qu’il faut com – prendre.
Le dessus du jeu est visible de chacun. Le dessous est le produit de tout
votre travail à l’entraînement…
Il est évident que ces
techniques nécessitent une grande dextérité de l’entraîneur …
Nous allons maintenant passer à la structure du langage.
La linguistique parle de structure superficielle et profonde du langage. Par
structure superficielle, on entend le mot proprement dit, la chose dite. Par
structure profonde, on parle de la représentation intérieure de ce qui est dit.
Le mot « ballon » est une structure superficielle. Cependant, mon
ballon sera certainement différent du tien. Ma construction interne à partir de
ce qui a été dit va différer de la tienne. Ceci a une importance primordiale
lorsque nous nous adressons à un groupe. Chacun va construire sa compréhension
du discours en fonction de son vécu intérieur. De fortes divergences peuvent en
résulter, avec leur incidence sur la compréhension du message original.
En PNL, Bandler et Grinder ont
regroupé sous le terme de « méta-modèle linguistique les différentes
manières de construire le langage » (in F. Zwissig et G Perren-Klingler.
La PNL à l’école. Expériences dans l’enseignement spécialisé. Ed. SZH/SPC.
1993. p. 82 et suivantes). Un choix de mots plus ou moins précis aura pour
effet de conduire le sujet vers une structure profonde précise en cas d’information,
ou vers une structure profonde floue en cas de mise en route d’un processus de
recherche intérieure.
Bandler et Grinder parlent de
deux modes existant dans leur méta-modèle :
1) la malformation sémantique : distorsions
2) la non-spécificité sémantique : généralisations, omissions
La
distorsion
Une distorsion
est une manipulation et un ajustement des représentations internes afin de les
changer. Elle consiste souvent à prendre un autre cadre de référence pour
modifier la compréhension de la situation. On distingue quatre types de
distorsions :
- cause-effet
« tu rates tes passes parce que tu est fatigué »
- lecture de pensée « tu regardes par terre quand je te
parle, tu n’as pas envie de m’écouter »
- équivalence complexe « tu regardes tout le temps autour
de toi quand tu conduits ton ballon, tu n’es pas concentré » à
la concentration ne peut pas provenir d’un regard dissipé, mais « tu
regardes tout le temps autour de toi quand tu conduits ton ballon, tu es très
attentif à ce qui se passe autour de toi » à la lecture de la
situation débouche sur quelque chose de plus constructif.
- Présupposé « tu
es d’origine brésilienne, tu dois être un bon technicien » ou « c’est
un shoot d’arrière »
Dans ces
distorsions, il est inutile de chercher à s’attarder à la véracité des énoncés.
La seule chose importante est de se demander si ils sont efficaces dans le
contexte donné.
Les
généralisations
- Les
nominalisations
Substantifs
abstraits ou infinitifs substantivés, ils ne touchent pas la structure profonde
de chacun de la même manière « je veux de l’agressivité sur le
terrain » à de faire jouer le porteur du ballon à sortir la
mitraillette, le chemin est long et imprécis !
- Les quantificateurs universels « tu es toujours en
retard sur le ballon » ou alors « il n’y a jamais personne au
centre »
- Les verbes non-spécifiques
(penser, croire, savoir, etc…), beaucoup plus généraux que des verbes touchant
les cinq sens et qui ne s’adressent que préférentiellement à des sujets qui
perçoivent le monde à travers ce sens spécifique (cf infra).
Les
omissions
Les
suppressions
-
L’origine perdue « on ne me redonne pas le
ballon »
-
La suppression simple « ça tu peux le
faire »
-
La suppression de l’index de référence « cet
exercice de conduite de balle est utile »
-
La suppression du comparatif « c’est plus
difficile »
Les opérateurs modaux
Expression
amenant une affirmation qui contient une restriction ou une impossibilité « je
ne peux pas tirer au but du pied gauche » ou « il faut jouer
par les ailes ». En présence te telles affirmations, il convient d’en
décortiquer l’origine pour avoir accès à la structure profonde du sujet. Il
sera dès lors plus facile d’entrer en communication avec lui de manière plus
efficace.
L’étude de la structure
superficielle de chacun permettra de mieux comprendre leur structure profonde.
De manière symétrique, en étant conscient de son propre langage, il sera plus
facile de limiter ses projections (d’interférer avec nos propres limitations
dans les capacités de l’autre). Ce dernier point est essentiel pour qui veut
faire progresser autrui (enseignant, entraîneur, thérapeute, etc…).
3)
Les techniques thérapeutiques
Extrêmement riche, ce domaine nécessiterait plusieurs
ouvrages pour n’en aborder qu’une infime partie. Nous nous contenterons donc de
n’évoquer que quelques unes des manières de travailler avec l’hypnose et/ou la
PNL. Le lecteur curieux pourra s’en remettre à la bibliographie restreinte
et/ou aux ouvrages cités par nos auteurs de référence.
1)
Le recadrage
Par recadrage, on entend
généralement la possibilité de lire une situation selon d’autres points de vue,
d’avoir accès à différentes compréhensions de la situation, afin d’aller
au-delà des limites que l’on croyait immuables. C’est un changement de cadre de
référence.
- Ex : Joueur de 2ème Ligue régionale, P.
s’approche de son entraîneur peu avant d’entrer sur le terrain pour disputer un
match de Coupe contre une équipe de Challenge League (3 divisions plus haut
dans la hiérarchie) et lui dit : « J’ai peur ». Son entraîneur
le regarde et lui répond calmement en le regardant bien dans les yeux :
« Tu sais, la gazelle, si elle n’a pas peur, elle se fait bouffer par le
lion. C’est parce qu’elle a peur qu’elle choisit le bon comportement pour
rester en vie ». Après un instant de perplexité, P. sourit à cette
nouvelle interprétation qui lui permet d’entrer dans le match en conquérant.
- Ex : Mon fils Julien, encore en âge de juniors, a
l’occasion de s’entraîner régulièrement avec la première équipe du club. Un
jour, en rentrant de l’entraînement, il se plaint de sa prestation en disant
que la qualité de son travail dépend des premiers gestes techniques qu’il
effectue et que cette limitation l’empêchera de jouer à un niveau supérieur. Je
lui rappelle alors notre voyage à Turin pour voir évoluer la Juventus contre
Manchester United. Puis je lui demande
de me dire comment Davids s’échauffait avant ce match important. Julien
me décrit alors les gestes techniques de base que Davids répétait
inlassablement pendant plus de 20 minutes, pour se mettre en confiance. Le
visage de Julien s’ouvre, son regard s’éclaircit, et il repart content de
savoir que le doute fait partie de la vie de tout footballeur et que des moyens
simples de se rassurer peuvent être nécessaires même au plus haut niveau.
2)
L’ancrage et le désancrage
A toute situation de vie
correspond un état physiologique particulier. Toute situation similaire va
reproduire une physiologie semblable ainsi que des pensées, un dialogue
intérieur identiques. Il suffit, pour s’en rendre compte, d’évoquer un chemin
étroit le long d’un précipice pour qu’une personne sujette au vertige se mette
à ressentir des picotements dans le ventre, à avoir son pouls qui s’accélère,
ses aisselles qui s’humidifient, etc… (on parle de « State-Dependant Memory »,
cf infra).
De manière similaire, des
situations de confiance, d’efficacité, de calme, etc… ont leur physiologie
propre. Si, lors du vécu de cette situation (réel ou imaginaire, c’est-à-dire
reconstruit en séance d’hypnose, de visualisation,…) un geste, une image, un
son, une musique, sont associés, il suffira ultérieurement de reproduire ce
même geste, cette même image, …, pour retrouver le même état physiologique.
Cette technique porte le nom d’ancrage.
Il paraît dès lors logique de
réaliser qu’une situation difficilement vécue, ancrée négativement par le chant
des supporters, peut être désactivée en remplaçant l’ancien vécu habituel par
un nouveau, protégé par une ancre positive. Cette technique porte le nom de
désancrage.
3)
La visualisation
En transe hypnotique, il est
possible de se voir en train d’accomplir un geste particulier, une action
déterminée. On parle de visualisation. Celle-ci peut être externe, à savoir que
le sujet se voit de l’extérieur, comme sur un écran, avec du recul, ou interne,
c’est-à-dire qu’il refait dans sa transe tout le mouvement en en ressentant
chaque détail, chaque contraction musculaire. Dans ce dernier cas, le mouvement
peut être réel ou virtuel.
-
Ex : Un joueur blessé, pendant sa période de
convalescence, va pouvoir visualiser les gestes techniques afin de guider la
guérison, d’orienter la cicatrisation et d’accélérer la récupération de ses
capacités sensori-motrices (proprioception).
-
Ex : En visualisant un geste technique de manière
externe, il va être possible d’en corriger les détails qui permettent d’accéder
à une efficacité optimale. Ceci étant fait, l’internalisation de ce geste va
transférer au corps les modifications obtenues afin que le joueur puisse les
ressentir et les automatiser. Enfin, la mise en pratique sur le terrain va
déboucher sur une analyse des progrès effectués.
4)
La régression ou la progression en âge
En transe hypnotique, il est
possible d’accéder à des souvenirs, à de